Les voyelles en arabe : le guide pratique pour francophones
En bref L'arabe a six voyelles de base : trois brèves, notées par de petits signes (fatha « a », kasra « i », damma « ou »), et trois longues, écrites avec les lettres ا (ā), ي (ī) et و (ū). La longueur change le sens : جَمَل jamal veut dire chameau, جَمَال jamāl veut dire beauté. Dans les textes de tous les jours, les voyelles brèves ne sont pas écrites ; on les apprend d'abord sur des textes vocalisés, puis on lit sans elles.
Quand on cherche « voyelles arabe », on tombe surtout sur des définitions et des fiches de grammaire. Elles disent ce que sont les voyelles arabes, rarement comment les prononcer, et presque jamais ce qu'elles deviennent dans la bouche d'un Marocain ou d'un Égyptien. C'est pourtant là que se joue la compréhension.
Le système lui-même est petit. Le français a une quinzaine de sons de voyelles ; l'arabe standard n'en a que trois, en version courte et longue. La difficulté n'est donc pas d'apprendre les signes, ce qui prend quelques jours. Elle est d'entendre la différence entre une voyelle brève et une longue, de lire des mots où les voyelles ne sont pas écrites, et de reconnaître les mots quand les dialectes les transforment.
Si vous découvrez encore les lettres, commencez par notre guide de l'alphabet arabe et de la prononciation, qui présente les voyelles en quelques lignes. Ici, nous allons beaucoup plus loin. Dans la transcription, un trait sur la voyelle (ā, ī, ū) indique une voyelle longue.
Les voyelles arabes brèves : fatha, kasra et damma
Les voyelles brèves s'appellent harakat (حَرَكات, « mouvements »). Ce ne sont pas des lettres, mais de petits signes posés sur la consonne qu'elles suivent. On prononce toujours la consonne d'abord, puis la voyelle.
- La fatha (فَتْحة) : un petit trait oblique au-dessus de la lettre. Elle se prononce « a ». بَ se lit ba.
- La kasra (كَسْرة) : le même trait, mais en dessous de la lettre. Elle se prononce « i ». بِ se lit bi.
- La damma (ضَمّة) : une petite boucle au-dessus de la lettre, comme un و miniature. Elle se prononce « ou ». بُ se lit bu, c'est-à-dire « bou ».
Trois signes, trois sons : c'est tout l'inventaire des voyelles courtes en arabe. Leur importance apparaît dès qu'on les pose sur les mêmes consonnes. Avec k-t-b :
- كَتَبَ kataba : il a écrit
- كُتِبَ kutiba : il a été écrit
- كُتُب kutub : des livres
Mêmes consonnes, trois mots : les consonnes portent l'idée (écrire), les voyelles précisent le mot.
Les voyelles longues : ا, و, ي et pourquoi la longueur change le sens
Les voyelles longues, elles, s'écrivent avec de vraies lettres. Ce sont les trois mêmes timbres, a, i et ou, tenus à peu près deux fois plus longtemps.
- ا (alif) après une fatha donne un « a » long : بَاب bāb, porte.
- ي (ya) après une kasra donne un « i » long : كَبِير kabīr, grand.
- و (waw) après une damma donne un « ou » long : نُور nūr, lumière.
Pour un francophone, c'est le point le plus sous-estimé. En français, la longueur d'une voyelle ne change presque jamais le sens d'un mot ; en arabe, si. Comparez :
- جَمَل jamal (chameau) et جَمَال jamāl (beauté)
- كَتَبَ kataba (il a écrit) et كَاتَبَ kātaba (il a correspondu avec quelqu'un)
- كِتَاب kitāb (livre) et كَاتِب kātib (écrivain) : ici, c'est la place de la voyelle longue qui fait la différence
Si vous prononcez toutes les voyelles avec la même durée, on vous comprendra souvent grâce au contexte, mais votre arabe sonnera faux et certains mots changeront de sens.
Deux de ces lettres ont un second rôle : و et ي sont aussi des consonnes (w et y). Après une fatha, elles forment les deux diphtongues de l'arabe : aw dans يَوْم yawm (jour) et ay dans بَيْت bayt (maison). Gardez ces deux mots en tête, nous les retrouverons dans les dialectes.
Enfin, si vous voulez voir l'alphabet arabe avec voyelles, le meilleur exercice est de prendre une seule lettre et de la décliner : بَ بِ بُ (ba, bi, bu), puis بَا بِي بُو (bā, bī, bū). Six syllabes par lettre, et vous avez entraîné tout le système.
Sukun, shadda et tanwin : les signes qui accompagnent les voyelles
Dans un texte vocalisé, trois autres signes voyagent avec les voyelles. Ce ne sont pas des voyelles, mais sans eux, vous ne pouvez pas lire un mot correctement.
Le sukun : pas de voyelle
Le sukun (سُكُون) est un petit rond au-dessus d'une lettre. Il indique que la consonne n'est suivie d'aucune voyelle et ferme la syllabe. Dans مَكْتَب maktab (bureau), le ك porte un sukun : on dit mak-tab, pas makatab. L'erreur classique du débutant est justement d'ajouter une voyelle après chaque consonne.
La shadda : une consonne doublée
La shadda (شَدّة), qui ressemble à un petit « w », double la consonne : on la tient un temps de plus, comme dans l'italien notte. Elle change le sens : دَرَسَ darasa veut dire il a étudié, دَرَّسَ darrasa veut dire il a enseigné. Elle porte souvent une voyelle, écrite juste au-dessus ou au-dessous d'elle.
Le tanwin : les finales en -n
Le tanwin (تَنْوِين) est une voyelle doublée en fin de mot qui ajoute un « n » : -an, -in, -un. On le voit en arabe standard, par exemple كِتَابٌ kitābun, un livre, et dans le Coran. À l'oral courant, ces finales disparaissent, sauf dans des expressions figées que vous entendrez partout : شُكْرًا shukran (merci) et أَهْلًا ahlan (bienvenue). Notez que l'alif final de ces deux mots s'écrit, mais ne se prononce pas comme un a long.
Lire l'arabe sans voyelles
Voici la réalité : les menus, les panneaux, les journaux, les messages et presque tous les livres pour adultes s'écrivent sans voyelles brèves. Le texte entièrement vocalisé est l'exception. Le Coran l'est toujours, les livres pour enfants et les bons manuels aussi ; le reste suppose que vous connaissez déjà le mot. Pour la différence entre l'arabe écrit et l'arabe parlé, voyez notre article sur l'arabe littéraire.
Comment les lecteurs s'en sortent-ils ? Par trois moyens :
- Les voyelles longues restent écrites. Dans كتاب, même sans signe, l'alif vous montre le « ā » de kitāb. Le squelette du mot fait une grande partie du travail.
- Les schémas se répètent. L'arabe construit ses mots sur un petit nombre de moules. Si vous connaissez مَكْتَب maktab (bureau), vous lisez مطبخ maṭbakh (cuisine) et ملعب malʿab (stade) avec le même rythme, sans voir une seule voyelle.
- Vous connaissez le mot à l'oral. C'est le plus important. Un mot que vous avez dit cent fois se lit sans signes. Lire sans voyelles, c'est surtout reconnaître, et la reconnaissance vient de l'écoute et de la parole.
D'où notre conseil sur l'ordre : une à deux semaines sur l'alphabet et les harakat, assez pour déchiffrer des mots vocalisés, puis l'essentiel du temps à entendre et à dire de vrais mots. Votre lecture sans voyelles progressera comme effet secondaire.
Les pièges des francophones
Les guides traduits de l'anglais oublient ces erreurs, typiquement francophones.
- Le « u » se lit « ou ». Dans les transcriptions, kutub ou nūr se prononcent « koutoub » et « nour ». Le u français de « lune » n'existe pas en arabe ; si vous le dites, le mot devient méconnaissable.
- Pas de voyelles nasales. Shukran ne se dit pas comme « an » dans « chant » : le n se prononce, « choukrane ». Même chose pour ahlan et pour min (de), qui ne rime pas avec « vin ».
- Le e muet n'existe pas. Une voyelle écrite se prononce toujours, même en fin de mot. Kataba a trois syllabes pleines.
- Court contre long. Le français ne fait pas cette distinction, votre oreille ne la remarque donc pas spontanément. Exagérez les voyelles longues au début, quitte à sonner caricatural.
- Les couleurs « é », « è » et « o ». Une fatha n'est pas toujours un « a » de « patte ». Près des emphatiques et de certains sons de gorge, elle s'assombrit : comparez صَبْر ṣabr (patience) et سَبْت sabt (samedi). Près des consonnes ordinaires, elle s'éclaircit souvent vers « è ». À l'oral rapide, la kasra tire vers « é » et la damma vers « o » : kull (tout) s'entend souvent « koll ».
Les voyelles en arabe dialectal : darija et égyptien
C'est là que s'arrêtent la plupart des guides, et là que commencent les vraies conversations. Les dialectes parlés à la maison traitent les voyelles autrement que l'arabe standard. Si vous ne connaissez que les valeurs du manuel, vous ne reconnaîtrez pas des mots que vous savez pourtant lire. Notre guide des dialectes arabes compare les grandes familles ; voici ce qui concerne les voyelles.
Darija marocaine : les voyelles brèves tombent
La darija avale une grande partie des voyelles brèves, ce qui lui donne son rythme rapide et dense en consonnes. Le livre, kitāb en arabe standard, devient ktab ; « il a écrit », kataba, devient kteb. On entend donc des groupes de consonnes en début de mot, que le français n'aime pas. Le réflexe francophone est de glisser une voyelle (« keutab ») : résistez-y, il n'y a tout au plus qu'un souffle très bref.
Les diphtongues se simplifient aussi : bayt devient bit, qui en darija désigne la pièce ou la chambre, et zaytūn (olives) devient zitun. Pour aller plus loin, notre article sur la darija présente les expressions et la grammaire de base.
Arabe égyptien : des « é » et des « o » longs
L'égyptien garde mieux les voyelles brèves, mais il transforme les diphtongues en voyelles longues nouvelles. Ay devient un « é » long et aw un « o » long : la maison se dit bēt (بيت), le jour yōm (يوم). Le levantin fait à peu près la même chose (bēt ou beit, yōm) et prononce souvent le -a final en « e » : l'école y est madrase plutôt que madrasa.
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La façon la plus rapide de maîtriser les voyelles arabes
Les signes s'apprennent en quelques jours ; les bonnes durées et les bonnes couleurs de voyelles s'apprennent seulement à l'oral. Dans Yallah Speak, vous dites des phrases réelles en darija, en égyptien ou dans un autre dialecte, et vous recevez un retour sur chaque mot avant que les mauvaises habitudes s'installent. Commencez gratuitement dans l'application.
Questions fréquentes
Combien y a-t-il de voyelles en arabe ?
L'arabe standard a trois voyelles brèves (a, i, ou) et trois voyelles longues (ā, ī, ū), soit six voyelles de base. S'y ajoutent deux diphtongues, aw et ay. Les dialectes ajoutent des sons proches de « é » et de « o », comme dans l'égyptien bēt (maison) et yōm (jour).
Comment s'appellent les voyelles courtes en arabe ?
Les voyelles courtes s'appellent fatha (a, un trait au-dessus de la lettre), kasra (i, un trait en dessous) et damma (ou, une petite boucle au-dessus). Ensemble, on les appelle les harakat. Elles ne sont pas des lettres mais des signes posés sur les consonnes.
Quelle est la différence entre une voyelle courte et une voyelle longue en arabe ?
Une voyelle longue a le même timbre que la courte, mais elle dure environ deux fois plus longtemps et s'écrit avec une lettre : ا, ي ou و. La différence change le sens des mots : jamal veut dire chameau, jamāl veut dire beauté.
Pourquoi l'arabe s'écrit-il sans voyelles ?
Dans les textes courants, seules les voyelles longues sont écrites ; les voyelles brèves sont omises parce que les lecteurs connaissent déjà les mots et les schémas sur lesquels ils sont construits. Les textes vocalisés sont réservés au Coran, aux livres pour enfants et aux manuels. Pour lire sans voyelles, le plus efficace est de connaître les mots à l'oral.
Comment se prononce la damma en arabe ?
La damma se prononce « ou », comme dans « nous », jamais comme le u français de « lune ». Dans les transcriptions, kutub (livres) se lit donc « koutoub ». À l'oral rapide et dans plusieurs dialectes, elle tire souvent vers « o ».
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